La Revue Takarazuka : Qu’est-ce que c’est ?

Si vous vous intéressez un peu à la culture japonaise, vous connaissez certainement le Kabuki, forme ancestrale de théâtre japonais n’employant que des hommes, y compris pour les rôles féminins.  Et si je vous disais que l’exact contraire du Kabuki existe également, et fait fureur au Japon ?

            La Revue Takarazuka, c’est quoi ?

La Revue Takarazuka est un genre de théâtre musical japonais fondé en 1913 par Ichizo Kobayashi, directeur d’une société de chemins de fer. Puisque le terminus d’une de ses lignes principales se basait dans la ville de Takarazuka, Hyogo, il eut pour projet de fonder la Revue Takarazuka afin d’attirer un public dans cette ville et ainsi d’augmenter les ventes de billets de train. Ichizo Kobayashi trouvant le théâtre Kabuki vieux-jeu et élitiste, il eut pour projet de créer une troupe complètement à l’opposé, qui jouerait des comédies musicales modernes basées sur le style Broadway, et dont les artistes seraient uniquement des femmes.

Un peu plus d’un siècle plus tard, la Revue Takarazuka est un phénomène au Japon. La compagnie possède bien entendu un théâtre à Takarazuka, mais en a également ouvert un à Tokyo, tout en faisant parfois des tournées nationales et même internationales. Au total, environ 1500 spectacles sont donnés par an, et il est parfois très difficile d’obtenir des places tant ces derniers ont du succès.

            Les performances.

En général, les comédies musicales de Takarazuka vont se baser sur un couple principal. La Revue Takarazuka est divisée en cinq groupes différents, et dans chacun d’entre eux sont nommés deux « Top Stars », une masculine et une féminine. Une fois nommés, ils le restent en principe jusqu’à leur retraite (puisque la Revue Takarazuka n’est composée que de femmes non mariées, les actrices prennent en général leur retraite assez tôt pour pouvoir ensuite avoir une vie de famille). Les comédies musicales vont tourner autour de ce couple et auront pour but de faire rêver les spectateurs grâce à des histoires extrêmement romantiques. C’est l’une des raisons pour laquelle le public est composé à 95% de femmes : les comédies musicales de Takarazuka vont présenter un personnage masculin principal qui sera le genre d’homme si parfait qu’on ne peut en rencontrer de tel dans la vraie vie : romantique, mystérieux, attentionné, bref, bien loin des businessmen ennuyeux auxquels sont habituées les japonaises.

            Otoko-yaku et Musume-yaku.

On appelle les actrices jouant des rôles féminins musume-yaku, et celles jouant des rôles masculins otoko-yaku. Afin d’entretenir le fantasme que les otoko-yaku représentent de par leurs personnages idéaux, ces dernières doivent également avoir une apparence masculine dans leur vie de tous les jours. Les otoko-yaku sont contraintes de garder leurs cheveux courts, de porter des vêtements masculins, et d’utiliser des pronoms masculins lorsqu’elles parlent. Heureusement, comme précisé plus tôt, la carrière d’une actrice de Takarazuka ne dure en principe pas très longtemps ; une dizaine d’années, tout au plus. En quittant la Revue Takarazuka, les actrices peuvent cependant se lancer dans de très longues carrières dans d’autres troupes ou dans d’autres domaines du divertissement, où elles auront un peu plus de libertés concernant leur vie personnelle.

            Les troupes.

La Revue Takarazuka se divise en cinq groupes différents : Fleur, Etoile, Cosmos, Lune, Neige, chacun accueillant environ 80 artistes. Les groupes ont leurs propres caractéristiques et leurs points forts, et peuvent performer la même comédie musicale de façons très différente. L’équipe Fleur est célèbre pour ses otoko-yaku : les top stars les plus populaires de la compagnie proviennent souvent de cette troupe.  Ce groupe a en général un meilleur budget, des scènes magnifiques et des costumes de haute qualité. L’équipe Etoile est également connue pour le soin qu’elle apporte à ses costumes et pour leur très populaires musume-yaku. La troupe Cosmos, quant à elle, est la plus récente, et considérée comme moins traditionnelle, plutôt expérimentale. Anecdote : elle accueille de très grandes otoko-yaku, souvent plus d’un mètre soixante-dix. Alors que l’équipe Neige est spécialisée dans la danse traditionnelle et les opéras basés sur des histoires japonais, l’équipe Lune est son exact contraire, avec ses comédies musicales occidentales généralement basées sur codes modernes. Il existe une dernière troupe, qu’on appelle Senka : les membres supérieurs. Ce n’est pas une véritable troupe, puisque ses membres peuvent participer à n’importe quelle production en cas de besoin.

            Comment devient-on actrice de Takarazuka ?

Il n’y a qu’un seul moyen pour intégrer la Revue Takarazuka : intégrer la Takarazuka Music School. Il n’en existe qu’une seule dans tout le pays, et plus de 1000 jeunes filles y déposent leur candidature chaque année. Seulement 40 étudiantes seront acceptées. Là bas, elles apprendront la musique, la danse, la comédie, et divers autres arts. Elle seront diplômées au bout de deux ans. La devise de l’école est :  Pureté, honnêteté, beauté.

            Les comédies musicales.

La Revue Takarazuka produit des comédies musicales diverses et variées, pouvant aller du plus traditionnel des contes japonais aux adaptations de Broadway. En général, la compagnie adapte des contes populaires, des films, ou encore des shôjo manga. Par exemple, leurs productions les plus connues sont certainement celles de la Rose de Versailles. Toujours au niveau des shôjo manga, le manga/drama Hana Yori Dango sera très bientôt performé par l’équipe Fleur. De plus, la Revue Takarazuka fait également des collaborations, ce qui l’a amené à adapter en japonais des comédies musicales françaises, entre autres Roméo et Juliette. Une adaptation du film Ocean’s Eleven a également été produite en collaboration.

            Les fanclubs.

Comment évoquer la Revue Takarazuka sans parler de leurs innombrables fanclubs ? Il en existe un, dédié à la compagnie en général, appelé Tomo no Kai. Mais il existe aussi de nombreux autres clubs dédiés à chaque actrice. Pour chacun de ces clubs, l’actrice en question choisira un représentant, et parfois du staff peut-être ajouté si le club s’agrandit. Si c’est un très grand club, il pourra être divisé entre Est et Ouest : la région du Kanto et la région du Kansai, où sont situés les deux théâtres.

Les fanclubs, entre autres activités, organisent ce que l’on appelle irimachi et demachi : l’entrée et la sortie des actrices, le matin et le soir, avant et après leur journée de travail. A ce moment là, elles peuvent interagir avec les fans. Les membres de leurs fanclubs sont toujours en première ligne à ce moment-là, et restent les plus proches des actrices. De plus, tous les membres de fanclubs se mettront à genoux devant les actrices lorsqu’elles sortiront du théâtre. Ces dernières ne communiqueront qu’avec les membres de leur fanclub, qui portent un brassard pour les distinguer des autres. Elles pourront discuter avec l’actrice, lui donner des lettres ou des cadeaux.

Puis, les membres de fanclubs doivent attendre qu’absolument toutes les actrices aient quitté le théâtre avant de pouvoir également rentrer chez elles : c’est une de leurs règles. Une autre règle un peu encombrante : il est interdit aux membres de fanclubs de prendre des photos des actrices, alors que les non-membres y sont autorisés. Pour finir, la règle la plus importante : on ne peut rejoindre qu’un seul club.

En dehors de l’irimachi et demachi, le club apporte des informations sur les actrices, permet d’obtenir des billets pour se rendre aux spectacles, des goodies réservés au club, et ils organisent aussi des tea-parties et des dîners. Cependant, faire partie d’un club peut s’avérer cher : il y a des frais pour l’intégrer, puis une participation financière annuelle. L’argent ira dans des cadeaux pour l’actrice ou l’organisation d’activités de club. Un autre concept très important pour les fanclubs de Takarazuka : le sashi-ire. Puisque les actrices n’ont pas un salaire très important, les fans les soutiennent avec de l’argent, de la nourriture ou bien divers cadeaux.  Pour cela, certains clubs laissent leurs membres donner autant qu’ils le souhaitent, mais d’autres rajoutent entre cinq et dix euros aux prix de chaque ticket qu’ils vendent à leurs membres pour le sashi-ire. Dans certains clubs, les membres qui paient une somme importante pour le sashi-ire ont plus d’influence et un meilleur statut.

            Enfin bref : la Revue Takarazuka est une bouffée d’air frais lorsqu’on la compare au Kabuki et ses innombrables codes. Bien que peu connue à l’étranger, cette compagnie a un incroyable succès au Japon, et mériterait de se faire mieux connaître au-delà des frontières nippones. Un seul conseil : assister à l’une de leurs performances. Promis, ça vaut le coup.

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