Quelle influence les diverses religions ont-elles eue sur la place de la femme au Japon ?

Source : Japan Visitor.

L’histoire du Japon a vu bien des religions et des courants de pensée se développer au cours des siècles. Le Shinto, qui est considéré comme une religion purement japonaise, le Bouddhisme, qui fut introduit au Japon par la Corée vers le milieu du sixième siècle, le Confucianisme, qui est une philosophie provenant de Chine, ou même le Christianisme, qui fut amené au Japon par des missionnaires portugais qui débarquèrent à Kyûshû durant le seixième siècle. Toutes font partie de l’histoire, celle qui fait le Japon que nous connaissons actuellement, mais comment ces religions et philosophies ont-elles influencé tour à tour les rôles et positions des japonais dans leur société, particulièrement des femmes ?

Le Shinto, la « voie des Dieux », naquit dans l’ancien Japon par de nombreux mythes qui formèrent cette religion (sans qu’elle ne soit vraiment considérée comme une religion à ce moment-là). Le Shintoïsme fut véritablement instauré en tant que religion juste après l’introduction du Bouddhisme au Japon, vers le milieu du sixième siècle. Le Shinto est parfois considéré comme une religion purement japonaise, cependant il a tout de même acquis quelques aspects continentaux. Dans les mythes Shintoïstes relatés dans le Kojiki et le Nihon Shoki, des personnages de femmes fortes font partie des plus importants : Izanami, la déesse qui créa le monde aux côtés d’Izanagi, mais aussi Amaterasu, la déesse du soleil. Au tout début de la religion Shinto, les femmes étaient les messagères des Dieux : elles étaient responsables de transmettre la volonté des divinités. Puis, avec la réforme Taika en 645, le pouvoir religieux fut centralisé et organisé par le département des affaires Shinto, le Jingikan (alors qu’auparavant, chaque clan vénérait ses dieux individuellement) et les prêtresses devinrent rares, excepté à Ise, le temple impérial ancestral. Quelques raisons peuvent expliquer ce changement : la réforme Taika se basait sur le système légal chinois, qui était différent du système légal japonais et engageait beaucoup de prêtres hommes, ou bien le fait que le Bouddhisme entretenait l’idée d’une certaine impureté chez les femmes, ce qui influença les croyances Shintoïstes à leur sujet. Puis, lors de la restauration Meiji, lorsque le Japon décida d’instaurer le Shinto comme sa religion pure, les femmes ne pouvaient plus être prêtresses. Cependant, cela changea après la seconde guerre mondiale, et elles peuvent maintenant le devenir, mêmes si elles sont souvent considérées comme simples remplaçantes des hommes.

Le Bouddhisme fut introduit au Japon par la Chine et la Corée durant le sixième siècle. Au début, il y eut quelques conflits entre le Bouddhisme et le Shintoïsme, mais les deux religions finirent finalement par co-exister et même par se montrer complémentaires. Selon Barbara R. Ambros dans son livre « Women in Japanese Religions », « durant les deux premiers siècles de Bouddhisme Japonais, les femmes jouaient d’importants rôles dans l’enseignement (religieux). » Durant cette période, il y eut six femmes monarques, de l’impératrice Suiko, qui régna de 593 à 658, à l’impératrice Shôtoku, qui régna de 764 à 770 (elle avait précédemment régné sous le nom d’impératrice Kôken). Beaucoup de ces impératrices, et les consorts des hommes monarques également, étaient des croyantes bouddhistes. Le Nihon Ryôki, une compilation de miracles Bouddhistes au Japon réunis par le prêtre Kyôkai, peut nous donner une idée de pourquoi le Bouddhisme s’étendit parmi les femmes. Presque un tiers des histoires mettent en scène des femmes, dans tous types de rôles, incluant des avocates ou des nonnes. Les femmes dans ces histoires sont vues comme dévouées, compatissantes, et ne sont pas décrites comme inférieures spirituellement, passant donc sous silences les messages misogynes du Bouddhisme de l’époque. Toutefois, le Nihon Ryôki décrit une attitude conflictuelle liée à la sexualité féminine et à la maternité. Les femmes sont félicitées pour leur amour maternel, ou critiquées si elles en manquent. La maternité est vue comme une caractéristique indispensable pour une femme.

Durant la période Heian, les femmes étaient relativement libres. Elles pouvaient tenir des postes gouvernementaux, servir au palais, parfois en tant que prêtresses, et même hériter librement de biens. Les femmes de l’élite étaient également engagées dans la religion en tant que nonnes, pèlerines, ou croyantes. A ce moment-là, les femmes pouvaient hériter de richesses : dans un mariage, chacun des deux époux possédait ses propres biens. Jeffrey Mass, un japanologiste américain, déclara : « Les femmes étaient des filles ou des soeurs avant d’être des épouses, mères et veuves. » Durant la période Heian, lorsqu’un homme et une femme se mariaient, le couple pouvait aller vivre dans la famille de la femme, ou bien ils pouvaient tous deux vivre dans des maisons séparées : dans tous les cas, la femme restait avec sa propre famille.

Il y eut un déclin dans le nombre de couvents financés par l’état lorsque l’impératrice Shôtoku, la dernière femme monarque de la période Nara, mourut. Puisqu’il n’y avait plus de femme pour régner sur le Japon, le soutien de l’état pour les couvents de nonnes montra un violent déclin. De plus, les monastères accueillant des moines hommes furent établis sans équivalent féminin. Les nobles commencèrent également à croire en la théorie de la « pollution du sang » (menstruations et accouchement) ce qui rendit populaire l’idée que les femmes étaient des pécheresses et même défaillantes.

Le statut des femmes changea durant le quatorzième siècle : lorsque les femmes se mariaient, elles devaient aller vivre dans la demeure de leur mari. Les femmes étaient simplement vues comme un moyen de fournir une progéniture, et les exigences à leur sujet pour le mariage devinrent de plus en plus strictes. Elles étaient de moins en moins aptes à recevoir des héritages : les filles recevaient bien moins que les fils. A cause de cette évolution dans leur statut et le fait qu’elles étaient à présent considérées en priorité comme des filles et épouses d’hommes, les femmes avaient un rôle limité dans les pratiques religieuses : des association composées presque uniquement d’hommes venant de l’élite géraient et soutenaient des temples locaux. Les femmes étaient en quelque sorte considérées comme « étrangères » puisqu’elles quittaient leur terre natale après leur mariage.

Le Confucianisme est une philosophie chinoise qui fut introduite au Japon via la Corée en 285. Ce fut la plus importante philosophie durant la période Edo (1603 – 1887), lors du shogunat Tokugawa. Le système d’ie, un système de foyer patriarcal qui émergea durant la période Muromachi (1336-1573), influença grandement le statut des femmes dans la société à ce moment-là. Cela diminua de nouveau leur capacité à hériter de biens, et leurs possibilités de mariage et de maternité furent restreintes. Durant la période Edo, les femmes étaient vues au travers de deux catégories : les épouses, qui aidaient le foyer en assurant sa continuité, et les prostituées, qui travaillaient afin de procurer du plaisir aux hommes.

Les « Quatre Livres pour Femmes », écrits sur le modèle des « Quatre Livres », centre du néo-confucianisme selon l’érudit Zhu Xi, devinrent le standard sur lequel se basa l’éducation des femmes au Japon. Ces livres disaient notamment que les femmes devaient se donner beaucoup de mal afin d’obtenir la vertu, ce qui signifiait la pureté, la chasteté, l’obéissance et enfin la piété filiale. Elles devaient se comporter avec dignité. Lorsqu’elles se mariaient, les épouses devaient servir leurs beaux-parents et leur mari, s’occuper des affaires du foyer et éduquer leurs enfants, particulièrement les filles. A ce moment-là, on considérait également que les femmes devaient toujours éviter les rituels religieux, tels que ceux performés par les femmes medium et shamans, mais également éviter de partir en pèlerinage ou quelque poursuite religieuse que ce soit qui l’emmènerait en dehors de son foyer avant l’âge de quarante ans.

Le Christianisme fut introduit au Japon pour la première fois en 1594, par des catholiques portugais. Toutefois, à cause de leur influence grandissante, les missionnaires furent bannis du Japon par Toyotomi Hideyoshi en 1587. Cela finit par évoluer en un système anti-chrétien, qui résulta même en l’exécution de plusieurs chrétiens. Durant la période Meiji, la liberté de culte fut rétablie et les chrétiens furent de nouveau libres de pratiquer leur religion.

Parmi les personnes allant à l’église au Japon, les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Elles prennent également part aux activités de l’église ; cependant, elles sont toujours une minorité dans la prise de décision. Même dans le monde du travail, bien que les femmes soient plus nombreuses que les hommes, et donc plus actives, ces derniers ont tendance à être nommés en tant que responsables, contrairement aux femmes.

Dans les églises japonaises, la Bible est indiscutable. Par conséquent, les gens ne questionnent pas les écrits qu’elle contient, et les femmes ont peur d’être considérées comme hérétiques si elles tentent de changer les traditions de l’église. Le Christianisme au Japon est centré sur une théologie mâle-européenne, et les femmes ont peur de la questionner parce que cela pourrait mettre en péril leurs croyances. Quelques femmes furent déçues de cette Eglise. Dans l’article « Christianity and Women in Japan », par Yamaguchi Satoko, les voix de ces femmes sont citées : « Nous étions attirées par l’enseignement du Christianisme selon lequel il n’y a ni homme ni femme au-dessus de Dieu. Mais lorsque nous participions à la messe et aux activités, nous avons découvert que la structure de l’Eglise n’est pas différente de celle de la société : les hommes parlent tandis que les femmes écoutent, et les hommes prennent des décisions tandis que les femmes restent dans la cuisine. »

La position de la femme dans la société japonaise fut réellement différente selon le système religieux ou philosophique en place au Japon à cette période. Leur statut a évolué d’innombrables manières depuis les temps anciens, influencé par le Shinto, le Bouddhisme, le Confucianisme, puis par le Christianisme. Parfois, pas seulement par une religion, mais par plusieurs à la fois : le Shinto et le Bouddhisme, le Bouddhisme et le Confucianisme par exemple, puisque la société japonaise a intégré toutes ces religions simultanément au cours du temps, et qu’elles ont grandement influencé la société, et donc la place des femmes au sein de celle-ci.

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