Les Gisaeng (기생)

Beaucoup trop méconnues autour du monde comparé à leurs cousines japonaises les Geishas, je vous fait découvrir aujourd’hui les Gisaeng !

  • Petite présentation

Les Gisaeng (기생), aussi appelées Ginyeo (기녀) étaient des courtisanes coréennes, c’est-à-dire que leur rôle était de tenir compagnie aux personnes de rang élevé, tels que les hauts fonctionnaires, les nobles ou même les rois. Elles étaient donc considérées comme les dames de compagnie des membres du gouvernement, majoritairement à la cour, cependant certaines exerçaient leur art dans de grandes demeures de province. D’une classe sociale très basse, elles se démarquaient pourtant par leurs riches tenues et leur éducation.

Les domaines maîtrisés par les Gisaeng étaient principalement la poésie, la musique, la danse, le chant… mais aussi l’art de la conversation. Leur talent était toutefois souvent ignoré à cause de leur statut social. Elles seraient réellement apparues lors de la dynastie Goryeo (고려) (918-1232 ; 1270-1392).

  • Comment devenir une Gisaeng ?

Il y a plusieurs manières de devenir Gisaeng, mais la plus courante était par voie héréditaire. En effet, si une Gisaeng donne naissance à une fille, cette dernière était automatiquement une Gisaeng, j’y reviendrai plus loin dans l’article. Les jeunes filles pouvaient également devenir Gisaeng si leur famille les vendaient à une troupe, souvent faute d’argent. Enfin, derniers cas, les plus rares, si une femme, même noble, commettait un adultère, ou enfin par choix.

Le gouvernement surveillait de près le travail des Gisaeng, ainsi des instituts spécialisés furent mis en place, qu’on appelait Gyobang. Là-bas, les jeunes filles apprenaient les arts des Gisaeng. L’école la plus réputée était celle de Pyongyang (actuelle Corée du Nord).

  • Un long apprentissage pour une carrière courte

L’entraînement commençait très tôt pour les jeunes filles, autour de 8 ans. Elles étaient alors formées par des troupes au sein d’établissement, et ce jusqu’au début de leur carrière, qui commençait à l’âge de 16-17 ans… pour se finir à 22 ans. Toutefois, certaines Gisaeng, parmi les plus talentueuses, continuaient leur profession au delà de cet âge, j’explique tout cela un peu plus tard. La majorité des Gisaeng choisissait à la fin de leur carrière d’ouvrir leur propre commerce, telles que des tavernes par exemple. Dans de très rares cas, une Gisaeng de renom pouvait terminer sa carrière en devenant la concubine d’un de ses clients. Dans tous les cas, conformément à la loi, les Gisaeng devaient se retirer à l’âge de 50 ans. Certaines Gisaeng, les plus douées et connues, pouvaient devenir très riches au long de leur carrière, cependant cela était peu ordinaire, sachant qu’une Gisaeng devait subvenir par elle-même à ses propres besoins, que ce soit en terme d’habitation, de nourriture, mais surtout d’habits et parures diverses, de maquillage…

  • Différentes catégories de Gisaeng

Vers la fin de la période Joseon (조선) (1392-1897), plusieurs classes de Gisaeng se sont mises en places, voici les deux plus connues :
▪ Les Gisaeng du Haengsu (행수), le rang le plus haut. Ces femmes chantaient et dansaient au banquet les plus prestigieux, et avaient des privilèges et de l’influence. Elles pouvaient continuer leur carrière jusqu’à 30 ans, néanmoins suite à cela elles avaient la possibilité de se reconvertir dans la couture, la médecine… jusqu’à 50 ans donc. Elles étaient également en charge des apprenties. Autre point important : elles ne recevaient leurs clients qu’au gré de leur volonté, ce qui n’était pas le cas de toutes les Gisaeng.

▪ Les Gisaeng du Samsu (삼수), appartenant au rang le plus bas. Elles avaient la totale interdiction d’effectuer les danses et chants des Gisaeng du Haengsu, et étaient encore moins considérées.

Cependant, ce système de hiérarchisation a pris fin à l’aube du XXème siècle, dans la deuxième partie du XIXème siècle.

  • Un statut social complexe

On dit souvent des Gisaeng qu’elles avaient le corps des femmes de basses classes mais l’esprit des aristocrates. En effet, lors des époques Goryeo et Joseon, elles appartenaient à la classe sociale la plus basse, le Cheonmin (천민), au même titre que les bouchers et les esclaves. D’une certaine manière, les Gisaeng étaient des sortes d’esclave, mais recensées à part et tout de même considérées comme supérieures aux esclaves.

Car oui, à l’instar de ces derniers, les Gisaeng étaient recensées par le gouvernement dans un registre, afin que toutes les tentatives de fuite soient remarquées, et que la progéniture des Gisaeng soit notée, ce qui était bien pratique pour faire appliquer la loi consistant à ce que la fille d’une Gisaeng en devienne obligatoirement une.

Une Gisaeng pouvait être libérée, « affranchie » de son statut social, mais ce en échange d’une énorme somme d’argent destinée au gouvernement, et qui devait être versée par un noble ou un haut fonctionnaire.

  • Traces actuelles

Peu de noms de Gisaeng nous sont parvenus, seulement celui des plus talentueuses, le plus célèbre est celui de Hwang JinYi (황진이) alias Myeongwol (elle sera le sujet d’un prochain article). En revanche, nous connaissons beaucoup de poèmes, en vers comme en prose, écrits par des Gisaeng. Ils ont majoritairement pour sujet les peines de coeur ou la rupture.

Quoiqu’il en soit, les Gisaeng tiennent un rôle important dans la culture coréenne traditionnelle. Elles sont également au centre de nombreux contes et fictions.

~ par Kang JinShil, qui espère vous avoir appris de nombreuses choses sur ces femmes méconnues ~

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