La prison de Seodeamun

Bonjour! Cette semaine je viens avec un article moins joyeux mais vraiment intéressant, si vous vous intéressez à l’histoire de la guerre en Corée!

La colonisation japonaise

La colonisation de la Corée par le Japon a débuté en 1905 mais a été vraiment valable seulement en août 1910 avec la signature d’un traité d’annexion (document justifiant la main-mise sur un territoire) sous la contrainte que les japonais appelaient alors « La fusion nippo-coréenne ».

Pendant cette occupation les japonais ont profité de leurs pouvoirs pour piller la Corée de leurs matières premières, leur nourriture, leur main d’oeuvre pour travailler dans les usines à faibles coûts et même les femmes, souvent très jeunes, qui ont servi d’esclaves sexuelles pour les japonais pendant la guerre. L’article sur les Femmes de réconfort par Jinshil vous en racontera plus sur celles-ci.

En 1941 l’enseignement du coréen est interdit, le japonais, étant enseigné aux enfants depuis le début de la colonisation, devient la langue principale et encore aujourd’hui, certaines personnes âgées en Corée ayant grandis à cette époque ne savent pas lire ni écrire le coréen, seulement le parler et le comprendre à l’oral.

Pendant cette période la colonisation se voit handicapée parfois par la résistance. Les japonais font alors bâtir des prisons visant à enfermer les résistants.

Elle a terminé en 1945 avec la fin de la seconde Guerre Mondiale.

La prison de Gyeongseong

20180525_140605

Au cours de la colonisation, beaucoup de prisons sont bâties, mais la plus grande fût la prison de Seodeamun.

Construite en 1907 et ouverte en 1908 sous le nom de Gyeongseong Gamok (gamok = 감옥 qui veut dire prison en coréen), la prison pouvait héberger 500 prisonniers au début et jusqu’à 2890 prisonniers en 1944. Elle a donc été occupée par plus de prisonniers que toutes les autres prisons japonaises réunies.

Elle a été renommée en 1912 par Seodaemun Gamok puis, Seodaemun Hyeongmuso (qui veut aussi dire prison) en 1923.

Ces prisons consistaient à enfermer les coréens réticents à la colonisation et les cerveaux principaux qui menaient la résistance.

Après la libération, en 1945, elle est de nouveau renommée plusieurs fois:

  • 1945 – Seoul Hyeongmuso (prison de Séoul)
  • 1961 – Seoul Gyodoso (établissement correctionnel)
  • 1967 – Seoul Guchiso (geôle/prison de Séoul)

Celle-ci a alors servi à emprisonner les traitres et les partisans de la colonisation ainsi que les opposants politiques des régimes qui étaient alors actuels. Parmi ceux-ci, Lee Myung-Bak (président de la République de Corée 2008-2013) a lui-même été enfermé à Seodaemun en 1964, pendant presque 3 mois, pour avoir manifesté contre la normalisation de la relation coréano-japonaise que le président de l’époque, Park Chung-Hee, proposait.

La prison ferme définitivement le 15 novembre 1987 et les prisonniers restant sont transférés à une autre prison dans la province de Gyeonggi.

La torture des japonais sur la Résistance

Les japonais au cours de la colonisation n’étaient pas réputés pour être délicats et diplomates. Au contraire, leurs actions étaient si horribles qu’encore aujourd’hui il existe certaines tensions entre les deux pays.

Le Japon avait imposé des mesures radicales aux coréens comme, l’obligation de promouvoir la culture japonaise en mettant de côté la culture coréenne, une éducation réorganisée pour soumettre les coréens au pouvoir des japonais etc…

Ces mesures ont eu pour effet de soulever beaucoup de coréens qui ont tenté de manifester, montrer une résistance à l’encontre de ce régime imposé par menaces et contraintes. Alors la présence militaire japonaise a grandit au même rythme que ces manifestations au point de subir des attentats par les résistants et une répression toujours plus rude venant des japonais. Un véritable cercle vicieux.

Aussi, les japonais n’ayant pas prévu une main mise sur la Corée à cette époque, ils décident de réduire les salaires des coréens pour que ce soit « plus rentable » et faire enfin des bénéfices de cette occupation. Cette exploitation entraîne encore plus de manifestants etc…

Les japonais enferment alors les résistants dans des prisons, comme la prison de Seodeamun.

Dans ces prisons les coréens étaient tout d’abord interrogés pour que les japonais puissent récolter des informations sur la résistance. Rares sont ceux qui ont parlé, alors les japonais ont mis en place tout un tas de systèmes de tortures pour les faire avouer.

Je vais essayer de décrire à l’aide parfois d’images plusieurs choses que nous avons vu pour que vous compreniez ce que le mot « torture » impliquait.

Les salles interrogatoires : Dans le même couloir il y avait la salle d’interrogatoire et la salle d’attente avec les futurs interrogés. Les interrogatoires se passaient souvent avec un coréen les mains attachées à la table et les japonais passant des outils sous ses ongles. Ou encore attaché les mains en l’air et fouetté à sang. Un seul mur séparait l’interrogatoire de la salle d’attente et les portes étaient verrouillées mais les fenêtres étaient seulement des barreaux. Les cris du premier était donc entendu par les suivants et commençait ainsi la torture autant physique que psychologique.

Les geôles : Elles étaient vraiment petites et ne comportaient ni lits ni toilettes. Il y avait seulement des pots et des systèmes d’évacuation car la plupart des prisonniers devaient se débarrasser de leurs excréments par eu-mêmes.

20180525_142555
La lumière n’était pas très bonne, pardon pour les photos un peu floue

Les outils comme : les fouets, les bâtons, les menottes, les fléaux en métaux ou en bois etc…

Ils avaient aussi fabriqué des cages de petites tailles auxquelles ils ajoutaient des piques de métal à l’intérieur. Ils enfermaient un coréen dedans qui ne pouvait même pas tenir assis et secouaient la boîte jusqu’à ce que la douleur soit trop intense et que l’homme avoue.

20180525_142517

Il y avait aussi les séances attachés par les pieds la tête trempée dans des seaux d’eau. Les boîtes où ils ne pouvaient pas s’asseoir et ne pas vraiment rester debout non plus où ils étaient enfermés plusieurs heures voire des jours. L’espace de promenade qui était le seul endroit où ils pouvaient aller à l’extérieur et qui ne donnait pas vraiment envie d’y aller. Il s’agissait de séparer les coréens par des murs, même en pause ils ne devaient pas parler entre eux ni se voir en dehors du travail.

Ils étaient aussi soumis à un emploi du temps stricte. Selon les mois de l’année ils devaient se lever le matin entre 5h ou 7h. Commencer le travail à 6h ou 8h. D’avril à août ils avaient le droit à 15 minutes de pause le matin et 15 minutes l’après-midi. Le reste de l’année il n’en avaient pas. Ils avaient 30 minutes pour manger à midi, une portion de riz réglementée, le seul repas de la journée. Toujours selon les mois, ils finissaient de travailler entre 16h et 18h et devaient dormir entre 19 et 21h. Leur travail consistait principalement à fabriquer leurs propres uniformes de prison et ceux de la plupart des autres prisons ainsi que d’autres textiles. Avec une moyenne de 10h de travail par jour toute la semaine.

20180525_152730.jpg
L’emploi du temps

Les bâtiments

La prison à l’époque était composée d’une quinzaine de bâtiments. Composée de l’usine de textiles, des geôles mixtes et de la prison pour femmes. La salle de réfectoire, les salles d’interrogatoires, de tortures. Les zones de repos, le bâtiment des exécutions.

Les geôles mixtes se trouvaient dans les bâtiments principaux. La plupart des prisonniers étaient des hommes, mais quelques femmes ont aussi résidé là-bas. Un prisonnier par pièce, interdiction de communiquer, surveillance 24/24h par des soldats japonais.

La prison pour femmes était un bâtiment séparé des autres bâtiments. Elle était beaucoup plus petite et il est même arrivé que quelques prisonnières aient dû partager la même prison malgré le fait que l’espace pour une seule personne était déjà insuffisant.

La salle d’exécution était réservée aux résistants qui avaient souvent été torturé trop longtemps et n’avaient rien à avouer et qui n’étaient pas encore morts suite aux tortures. On les pendait tout simplement devant un petit public de japonais et leurs corps étaient souvent exposés quelques temps pour servir d’exemple.

Prisonnières célèbres

Il y a eu beaucoup d’hommes et de femmes de valeur qui ont marqué l’histoire et je ne pourrais jamais tous les citer. J’ai donc choisi de seulement vous parler de 3 femmes qui ont été très courageuses et dont une est un véritable symbole de résistance que la Corée remercie encore grâce à des tableaux ou des statues la représentant.

Lee Hyeo-Jeong et Park Jin-Hong

Comme l’indique ce panneau, elles se sont rencontrées en 1935 en prison. Elles avaient alors 21 et 22 ans seulement. Elles partageaient la même geôle et ont été des amies très représentatives de la Résistance. Elles ont beaucoup encouragé les autres résistants à continuer leur mouvement et elles ont survécu jusqu’à la fin de l’occupation. Lee Hyo-Jeong est décédée en 2010 tandis que son amie Park Jin-Hong est toujours en vie.

Yu Gwan-Sun (1902~1920)

Elle était seulement lycéenne lorsqu’elle a participé à un mouvement d’indépendance en 1919 avec ses parents. Ils ont alors été tués par la police japonaise, suite à quoi elle est retournée dans sa ville natale et a dirigé elle-même un autre mouvement d’indépendance (du marché Aunae) à seulement 16 ans. Elle regroupe environ 3000 participants et elle est alors arrêté me par les japonais. Condamnée à trois ans de prison, elle meurt sous la torture tout juste un an et demi après son arrestation. Elle n’a alors toujours pas 18 ans.

Presque tous les coréens connaissent son nom et savent qui elle est. Aujourd’hui en Corée plusieurs sites sont dédiés à cette jeune fille qui est morte pour rendre sa liberté à son pays.

Le musée – Seodeamun Prison History Hall

Le 5 novembre 1988 ouvre le hall d’Histoire de la prison de Seodaemun. C’est donc maintenant un musée que l’on peut visiter pour découvrir l’Histoire en images, en textes et en plusieurs dimensions puisqu’on peut entrer dans les bâtiments. Sept bâtiments sur les 15 ont été restaurés et on peut se déplacer librement pour visiter. Des reconstitutions ont été réalisées à l’aide de mannequins réalistes pour pouvoir comprendre certaines choses plus facilement (donc âmes sensibles s’abstenir).

Beaucoup d’informations sont uniquement inscrites en coréen, personnellement j’avais une amie avec moi qui l’avait déjà visité avec son mari coréen donc elle a pu bien m’expliquer les salles et me faire comprendre beaucoup de choses que malheureusement je ne pouvais pas lire.

En 2013 a ouvert l’exposition du hall des femmes activistes donc nous pouvons même voir et lire les histoires de femmes qui se sont battues pour leur liberté et leur pays.

Accès et prix

Pour les transports :

  • Métro : Prendre la ligne 3 (ou bleue) pour la station Dongnimmun sortie 5.
  • Bus pour l’arrêt Dongnimmun :
  1. Bleu : 471, 701 à 704, 720, 752
  2. Vert : 7019, 7021, 7023, 7025, 7712, 7737
  3. Rouge : 9701, 9703, 9705, 9709 à 9712

Pour les prix, ils sont les mêmes, que vous soyez français ou coréen:

  • Adulte : 3,000 KRW soit environ 2,4€
  • Groupe d’adulte de + de 30 personnes : 2,400 KRW/pers soit 1,9€
  • Adolescent (moins de 18 ans) : 1,500 KRW soit 1,2€
  • Groupe d’adolescent de + de 30 personnes : 1,200 KRW/pers soit 1€
  • Enfant (moins de 12 ans) : 1,000 KRW soit 0,8€
  • Gratuit pour les moins de 7 ans et les plus de 67 ans

Pour les horaires de visite :

  • Mars ~ Octobre : 9:30-18:00
  • Novembre ~ Février : 9:30-17:00
  • Fermé tous les lundi
  • Fermé le mardi suivant, si ce lundi est un jour férié
  • Fermé le 1er janvier
  • Fermé au Chuseok et Seollal (fêtes nationales)

20180525_140553

Ainsi je termine cet article sur ce site historique qui était vraiment très intéressant à visiter. Je suis contente d’avoir pris le temps d’aller le voir pendant mon séjour. C’était très impressionnant et je le conseille à tous ceux qui sont intéressés par l’histoire des guerres ou de la Corée en général.

Merci de m’avoir lu! J’espère que cet article vous aura plu et que je vous aurai appris certaines choses!

Nath Ttalgi ~

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s