#MeToo devient #WeToo au Japon

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Source : Japan Times.

Dans les pays occidentaux, le mouvement « #MeToo », utilisé pour évoquer et dénoncer diverses agressions sexuelles, est un succès. Cela ne fut cependant pas le cas au Japon, où très peu de femmes osent parler de ce qu’elles ont subi par peur des risques et répressions qu’elles encourent. En effet, les normes de la société japonaise rendent difficile la prise de parole suite à une agression sexuelle : la plupart des victimes, honteuses car sachant qu’elles seront blâmées si elles dénoncent ce qu’elles ont subi, préférent se taire.

Shiori Ito, une journaliste japonaise, accusa l’un de ses collègues de l’avoir violée et fit face à de dures conséquences : messages de haines sur les réseaux sociaux, appels de numéros inconnus la traitant simplement de « salope », « prostituée », ou lui souhaitant même la mort. Il y eut même des débats sur sa nationalité, rapporte-t-elle sur Politico.eu, parce qu’une véritable femme japonaise n’aborderait pas des sujets si « honteux » selon ses détracteurs.

Monica Fukuhara était une jeune étudiante travaillant dans un bar lorsqu’un de ses clients lui toucha les seins sans son consentement. Puisque l’homme était un client régulier, le supérieur de Monica haussa simplement les épaules et n’accorda aucune attention de plus à l’affaire. Fukuhara garda le silence, n’en parlant ni à sa famille ni à ses amis, et cultiva un sentiment d’impuissance, de colère et de honte suite à cet événement avant d’intégrer le mouvement #WeToo quelques années plus tard en compagnie de Shiori Ito.

Mais pourquoi #WeToo et pas #MeToo ? « En utilisant #WeToo à la place, nous montrons une solidarité plus importante. Nous faisons savoir aux victimes que nous les écoutons et les soutenons, afin que cela soit plus facile pour elles de prendre la parole », explique Fukuhara dans le Japan Times. « Puisque la société japonaise a une sorte de préjudice envers les victimes, il est difficile pour les femmes de lever la main pour dire « Moi aussi ».

Et il semblerait qu’elles arrivent enfin à se faire entendre. Le mois dernier, plus de 2 000 personnes se rassemblèrent à Tokyo pour manifester contre les violences sexuelles avec le slogan « Je ne resterai pas silencieux(se) ». La manifestation, qui attira des participant(e)s de 20 à 70 ans, fut organisée par des femmes sur diverses plateformes de réseaux sociaux.

En dehors des réseaux sociaux, des groupes de soutien existent. Mila Kobayashi est une jeune japonaise ayant été victime de viol. A présent, elle mène un groupe d’aide aux victimes d’agression sexuelle où les femmes peuvent parler entre elles et de façon anonyme. Mila Kobayashi ne se prétend pas activiste, et se concentre principalement sur le soutien des victimes, mais des milliers de témoignages tels que ceux du mouvement #MeToo sont échangés au sein de son groupe.

« Je pensais que j’étais quelqu’un qui cachait un grand secret, et qu’en tant que victime de viol, j’étais sale », dit-elle. « Je suis tellement reconnaissante d’avoir pu créer un lien avec d’autres victimes. Elles m’ont donné de la force. » Savoir que d’autres personnes culpabilisaient d’avoir été violées et rejetaient la faute sur elles-mêmes tout en perdant leur confiance en elles l’a aidée à lentement guérir.

Cependant, le Japon présente encore de nombreux problèmes concernant le traitement des victimes d’agression sexuelles. Par peur du jugement de la société et par honte, plus de deux tiers des victimes n’ont jamais parlé à personne de ce qu’elles ont subi, et seulement 4% d’entre elles ont engagé des poursuite judiciaires selon un sondage datant de 2015.

Selon Kazuki Ito, une avocate ayant parlé de nombreuses fois du mouvement #MeToo au Japon, les lois japonaises concernant les agressions sexuelles sont beaucoup trop en retard par rapport aux autres pays. « Le manque de protection légale, combiné avec la pression culturelle d’accepter et de supporter les difficultés, rendent les jeunes femmes vulnérables. Les japonais apprennent à ne jamais dire non, » dit-elle. « Ce dont ces victimes ont besoin est de solidarité, cela encouragera plus de monde à prendre la parole. »

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